
"Ce n’est pas vous qui m’avez
choisi; mais moi, je vous ai choisis et je vous ai établis,"
(Jean 15/16).
Dans ce verset le Seigneur nous
assure que c’est Lui qui fait le premier pas en nous choisissant. Ce n’est pas
nous qui Le connaissons ou le choisissons les premiers. C’est Lui qui nous
choisit, mais nous ne comprenons ce mystère qu’à partir du moment où nous
L’acceptons comme notre Seigneur et notre Sauveur. J’aimerais vous dire comment
le Seigneur m’a choisi conformément à la Parole.
4 Ma Jeunesse
Dans ma jeunesse, j’étais fort aigri contre l’Evangile de Christ. Bien qu’ayant
été élevé dans une école secondaire de la mission au Pendjab, où j’ai séjourné
pendant sept ans, je ne m’étais jamais soucié de connaître quoi que ce soit de
Christ. La plupart des garçons qui faisaient leurs études dans cette école
haïssaient les chrétiens et se moquaient des maîtres et des pasteurs chrétiens.
J’ai fréquenté pendant cinq ans ce collège. Les Hindous et les Musulmans
vivaient d’un côté, les chrétiens de l’autre. Pendant ce séjour de cinq ans à
l’internat, je ne crois pas avoir visité une seule fois le côté chrétien. Cela
vous donnera une idée de mon opposition à tout ce qui était chrétien. Je ne me
rappelle plus ce que j’appris alors, mais je me souviens d’avoir haï les élèves
chrétiens qui faisaient leurs études avec moi. D’autre part, la plupart d’entre
nous, jeunes Hindous, nous avions des préjugés profondément enracinés contre les
Musulmans, mais tandis que nous avions l’habitude de jouer et de parler
librement avec eux, je ne crois pas que nous nous soyons jamais liés avec les
jeunes chrétiens.
4 Un Rêve
Pour récompenser mon succès à un
examen, je reçus un jour une magnifique Bible. J’en déchirai le contenu et ne
conservai que la couverture, parce que c’était une très belle reliure cuir.
Pendant tout mon temps de collège, je fus un ennemi acharne de l'Evangile de
Christ; mais comme j’étais très fervent dans l’exercice de ma propre religion,
je passais de nombreuses heures dans les temples Sikhs*), accomplissant tous les
rites requis.
*) Note du traducteur: Sikhs: Secte hindoue vickhonite fondée au 16e Siècle et
comptant près de 3 millions (adhérents établis surtout dans le Pendjab).
Certains d’entre vous savent peut-être que les Sikhs sont renommés pour leurs
oeuvres sociales. Je prenais également une part active dans de telles tâches,
mais je ne puis pas dire que j’aie jamais trouvé une véritable joie en observant
de tels rites.
Alors que je fréquentais le collège, il m’arrivait fréquemment de faire un
certain rêve:
Je gravissais avec beaucoup de difficulté une colline haute et escarpée et,
après de grands efforts, j’arrivais au sommet. Dès que je l’avais atteint,
quelqu’un se trouvait là et me jetait en bas. Dans ma chute, les pointes des
rochers labouraient mes côtes. J’en souffrais à tel point que je me mettais à
crier dans mon rêve. Mais à la fin de mon rêve, je me trouvais couché sur des
coussins de soie très doux, tellement doux que je m’y enfonçais. Le fait d’être
ainsi couché sur des coussins doux me donnait un sentiment céleste et je me
disais que, si l’on pouvait avoir une telle joie sur des coussins de soie, cela
valait bien la peine de subir les souffrances endurées au cours de la chute.
Lorsque j’avais neuf ou dix ans, il m’arrivait souvent d’avoir ce rêve; après ma
conversion, il se présenta à nouveau et la voix intérieure me dit: Voilà ton
témoignage!
4 Ambitions
Comme tout écolier, j’étais fort ambitieux et idéaliste. Quelques-uns de mes
camarades avaient une moralité très élevée, d’autres une moralité très basse;
certains étaient nobles, d’autres vils. En toute humilité, je puis dire que j’ai
réalisé toutes mes ambitions, tous mes désirs; et ce n’est pas peu dire. Les
efforts et les plans que je fis pour satisfaire mes désirs peuvent être comparés
à mes escalades sur cette colline escarpée. Mais chaque fois que j’avais assouvi
ma soif par une réalisation nouvelle, je me trouvais désappointé et
désillusionné. Les désappointements et les désillusions représentaient ma chute
du sommet de la colline. Mais un jour arriva où j’expérimentai la joie de me
trouver étendu sur les doux coussins de soie et ce fut le jour où le
Saint-Esprit et la vie de Jésus-Christ entrèrent dans ma vie. Mes ambitions
étaient d’aller en Angleterre, voir une éducation très poussée, de jouir de
l’amitié de toutes sortes de gens et de demeurer fidèle à ma religion. En plus
de cela, je désirais vivement porter des habits élégants et savourer des mets de
premier choix.
Je n’avais pas eu ces désirs dans ma jeunesse, mais ils surgirent plus tard et
je fus capable de tous les satisfaire.
Mon père n’était pas du tout favorable à mon départ pour l’Angleterre. Il me
promit n’importe quelle somme d’argent, pourvu que je le seconde un jour dans
ses affaires. II avait monté une nouvelle manufacture de coton et comme j’étais
l’aîné, il comptait sur mon aide. Mais je persistai dans ma volonté d’aller en
Angleterre.
Après le baccalauréat, je fus très triste de ce que mon père ne voulût pas me
laisser partir pour l’Angleterre, alors que rien d’autre ne pouvait me
satisfaire. Nous étions six frères et ma mère m’aimait plus que tous ses autres
enfants. "Je vais t’aider à aller en Angleterre, me dit-elle, -mais promets-moi
de ne pas changer de religion. J’ai entendu dire que les jeunes gens qui se
rendent en Angleterre abandonnent leur religion. - Crois-tu vraiment que je
changerais de religion, lui répondis-je, car j’étais alors très fier de ma
religion Sikh. Lorsque je l’eus assurée de ma loyauté et de ma fidélité, elle
persuada mon père de me laisser partir. Comme homme d’affaires, mon père
raisonnait sur le plan financier, comme personne pieuse, ma mère raisonnait sur
le plan religieux. En définitive mon père consentit à faire un essai et à
m’envoyer tout l’argent dont j’aurais besoin; quant à moi, je promis de vivre
très modestement.
4 En Angleterre
En septembre 1926, j’arrivai en Angleterre et je suivis au collège d’ingénieurs
à Londres, le cours de mécanique. Lorsque je fus établi, je me rendis compte
très vite qu’il était possible de vivre très confortablement avec 80 roupies par
mois, et je demandai à mon ami pourquoi il m’avait écrit de me préparer à
dépenser 300 roupies par mois. Je lui dis que je m’apprêtais à écrire- à mon
père de ne m’envoyer que 80 roupies par mois. Mon ami me dit: "Ne te hâte pas.
Attends encore quelques mois et tu apprendras tout à ce sujet. J’acceptai ce
conseil, j’envoyai de faux comptes et j’écrivais à mon père: J’ai dépensé 295 ou
296 roupies ce mois-ci, alors même que je n’en avais dépensé que 80. De cette
façon, je pus économiser pendant 7 mois, tantôt 200 roupies, tantôt 250 roupies
par mois, tant et si bien que j’avais 1600 roupies en banque à la fin de cette
période.
Pendant les trois premiers mois que je passai en Angleterre, je restai fidèle à
ma religion. Je gardai mes longs cheveux et ma barbe, parce que les Sikhs ne se
font jamais couper les cheveux. Puis je commençai à douter de la nécessité
d’avoir les cheveux et la barbe longs, mais je n’eus pas le courage de les faire
couper. Je les gardai encore pendant six mois, car je craignais les réflexions
de mes amis si je me rasais la barbe. Finalement une solution me vint à
l’esprit. Je demandai à l’un de mes amis de ne me les couper que graduellement,
un peu chaque jour, de sorte qu’au bout d’un mois tout était tondu. Je pensais
ainsi ne plus être embarrassé, mais il se mit à me couper la moitié de la barbe
en laissant l’autre moitié. Je lui dis alors: "Dans ces conditions tu peux
également couper le reste. Lorsque je fus rasé, je devins athée, socialiste et
libre-penseur et je croyais pouvoir devenir ainsi un Européen parfait. Puis je
me mis à fumer, bien qu’en tant que Sikh, je n’aie jamais touché au tabac.
J’achetai des cigarettes de qualité, ainsi qu’un étui en or, et j’étais très
fier de montrer mon étui à cigarettes en or à tout le monde. Puis je me mis à
boire des liqueurs. Je me vêtis d’habits très coûteux: 400 roupies pour un
complet, 35 roupies pour une chemise, 20 roupies pour une cravate et 50 roupies
pour une paire de chaussures. Ainsi je dépensai en quatre semaines, mes
économies de sept mois. Je compris pourquoi mon ami m’avait dit de ne pas me
hâter.
4 Le vernis de la culture
J’appris avec beaucoup de difficultés tous les us et coutumes de l’Occident.
Bien que je n’eusse jamais goûté à leur nourriture. j’appris cependant à manger
avec couteau et fourchette. Je me mis à fréquenter assidûment théâtres, cinémas
et dancings. Je dus m’initier à tout, je voulais agir et vivre comme eux. Je
vécus de la sorte pendant environ deux ans. Quand mes cours furent terminés, je
me posai la question: Qu’ai-je donc gagné en Angleterre? Je savais que j’y avais
appris à porter col et cravate, à astiquer mes chaussures, à peigner mes cheveux
et à dire fréquemment merci et pardon, car plus on dit merci et pardon, plus on
passe pour être cultivé. J’avais appris à être à la mode et à boire comme eux;
en d’autres termes, j’avais appris à adorer mon corps. Un jour je commençai à me
poser la question:
Suis-je plus heureux qu’autrefois? Mais mon état d’esprit prouvait le contraire,
car j’étais devenu plus égoïste, plus orgueilleux et plus avare. Je n’avais plus
de sentiment de respect à l’égard de mes parents et de mes amis. J’avais appris
que l’on pouvait faire le mal, pourvu qu’on le fît en cachette.
J’avais parcouru toute l’Angleterre et l’Europe, j’avais visité les musées, les
galeries d’art, les cinémas, j’avais porté des habits coûteux, mangé des mets
délicats, j’avais trouvé des amis parmi les riches comme parmi les pauvres,
parmi les grands et les humbles, j’avais pris part à des oeuvres sociales, je
m’étais laissé aller aux plaisirs, j’avais acquis le degré d’éducation que
j’avais désiré et pourtant j’étais malheureux. Alors j’ai pensé que je n’étais
pas encore assez civilisé. Je demandai à mes amis anglais: "Etes-vous heureux?,
Je posai cette question à des étudiants, à des professeurs et à des employés.
J’avais l’habitude de dire: "Vous avez des enfants ravissants, des foyers
magnifiques, des parcs spacieux et vous pouvez obtenir à peu près tout ce qui
est nécessaire pour votre bien-être. Etes-vous heureux?, Et je ne pus rencontrer
une seule personne qui eût été heureuse. Ainsi je me dis à moi-même que le monde
tout entier n’était que "vanité des vanités.
J’avais cru que, si l’Inde était civilisée, elle deviendrait un paradis, et que
l’éducation et l’hygiène écarteraient tous les maux du pays. Et maintenant, je
constatais que l’Angleterre elle-même n’était pas en mesure de se libérer de ses
maux par l’éducation et les progrès sanitaires. Au contraire, je remarquai
encore plus de maux en Angleterre qu’aux Indes. Ainsi j’acquis la conviction que
la civilisation et l’éducation ne pouvaient pas résoudre le problème. J’avais
l’habitude de considérer la question de la façon suivante:
Aux Indes, un pauvre utilise un chiffon sale pour couvrir sa plaie, tandis qu’en
Angleterre un riche cache la sienne avec un bandage parfaitement blanc et long
de trois mètres, mais le pus et la saleté ne disparaissent pas pour cela
4 Visite au Canada.
En 1928, un groupe d’étudiants alla
faire un voyage de vacances au Canada. J’aurais bien aimé m’y joindre, mais le
secrétaire ne voulut pas m’y autoriser. Il m’expliqua que les Américains ne
savaient pas comment traiter les Hindous. Il me déconseilla donc de partir avec
le groupe. Je lui déclarai que j’étais prêt à me soumettre à n’importe quel
traitement et je partis, bien décidé à prouver mon savoir-vivre occidental.
Comme la compagnie était nombreuse à bord, il y avait toutes sortes de
distractions. Je pris part à toutes.
Le 10 août 1928, je pris connaissance d’une note annonçant un culte dans le
salon des 1ères classes. Je me dis à moi-même que, si mes amis et compagnons
allaient au culte, je devais également m’y rendre. Cependant une crainte
s’empara de moi, car je n’avais jamais été dans une église. Mais comme j’avais
fréquenté sans dommage, cinémas, dancings et bars, je pensais qu’un lieu de
culte chrétien ne me ferait aucun tort. J’avais appris, en outre, que le salon
des premières classes était fort luxueux et je pensais que ce serait là une
bonne occasion de le voir. Convaincu par de tels arguments, je m’y rendis et je
m’assis tout au fond du salon.
Quand tous se levaient pour chanter des hymnes, je me levais aussi; quand ils
s’asseyaient, je faisais de même et quand le prédicateur commença son sermon, je
m’endormis pour ne pas écouter. A la fin de la prédication, tout le monde se mit
à genoux pour prier, mais je restais assis. Je pensais: "Ces gens ignorent tout
de la religion. Ils ont exploité mon pays et je les ai vus manger et boire. Que
savent-ils? Après tout, ma religion est la meilleure. Ainsi mon orgueil
national, intellectuel et religieux m’empêcha de m’agenouiller et je voulus
sortir. Mais je trouvai un homme agenouillé à ma droite, un autre à ma gauche,
et il me parut peu convenable de les déranger. Et pourtant, je ne pouvais pas
m’agenouiller. Puis, je me dis: "J’ai été dans des mosquées musulmanes et dans
des temples hindous. Je me suis déchaussé et j’ai lavé mes pieds afin de montrer
mon respect pour ces lieux. II me faut aussi honorer ce lieu par pure
courtoisie. Brisant donc mon orgueil, tant national qu’intellectuel et
religieux, je me mis à genoux.
4
Le Nom de Jésus
Remarquez bien que j’assistais pour la
première fois à un culte chrétien. Je n’avais jamais lu la Bible jusqu’alors et
personne ne m’avait parlé du salut. Quand je m’agenouillai, je ressentis un
grand changement en moi. Mon corps tout entier se mit à trembler. Je pouvais
sentir le pouvoir divin qui entrait en moi et me soutenait. Comme première
transformation, je notai une grande joie qui inondait mon âme. Ensuite, je
répétai sans cesse le nom de Jésus. Je me mis à dire: "Oh! Seigneur Jésus, béni
soit Ton Nom, béni soit Ton Nom! Le nom de Jésus devient très doux pour moi.
Auparavant, j’avais méprisé ce nom et au cours de discussions et de
conversations, je m’en étais même moqué.
Un autre changement se fit encore: je me sentais uni aux Européens. Pendant mon
séjour à Londres, je ne m’étais jamais senti leur égal. Je me croyais tantôt
supérieur, tantôt inférieur. Quand je parlais aux Anglais, je me sentais
supérieur. J’avais l’habitude de dire que j’appartenais à un vieux pays, doté
d’une culture très ancienne, mais quand je parlais aux Hindous, je me sentais
inférieur et je leur disais que nous ne savions pas manger ni nous vêtir
convenablement. Mais c’était la première fois que je me sentais vraiment l’égal
des Occidentaux.
4
Christianisme sans joie
Je séjournai pendant trois mois au
Canada. Nous voyageâmes beaucoup et retournâmes en Angleterre, où je me décidai
à assister à un culte. Au mois de novembre 1928, j’assistai pour la première
fois à un culte chrétien dans une église. Quand les gens sortirent après le
service, je les examinai, mais je ne pus discerner aucune joie sur leurs
visages. Je pensai qu’ils étaient certainement tous venus à un enterrement, car
je ne pouvais comprendre leur air tellement sérieux. Je trouvai qu’il y avait là
quelque chose de faux, car, pour moi les chrétiens devaient être très joyeux. A
partir de ce moment, je cessai de fréquenter l’église le dimanche, mais m’y
rendais en semaine quand elle était vide. Dans la Cité de Londres. il y a de
magnifiques vieilles églises où je passais des heures entières, assis dans ces
bancs vides et je trouvais de cette façon une grande paix.
4
Une vie nouvelle
Une année s’écoula ainsi; mais je ne
racontais jamais mon expérience à personne; je n’avais pas le courage de le
faire, mais l’envie de fumer et de boire avait complètement disparu. Personne ne
m’avait dit de l’abandonner, mais j’étais tellement heureux.
En 1929, je retournai au Canada. Je devais m’y rendre pour terminer mon cours
d’ingénieur agronome. Je devais passer un certain temps dans les usines où l’on
fabrique les instruments aratoires et dans les fermes où ces instruments sont
employés. En décembre, j’arrivai à Winnipeg. Le 14 décembre 1929, je demandai à
l’un de mes amis: "Pourriez-vous me prêter une Bible?, Il me regarda stupéfait,
et dit: Vous, Hindou de race et de religion, vous voulez lire la Bible! J’ai
entendu dire que les Hindous n’aimaient pas la Bible. - Vous avez raison, lui
répondis-je, ces mains ont déchiré une Bible, ces lèvres ont blasphémé contre
Christ, mais depuis dix-huit mois, j’aime profondément le Seigneur Jésus. J’aime
Son Nom qui résonne de façon si douce pour moi. Mais j’ignore encore tout de sa
vie et de son enseignement. Il mit la main dans sa poche et me donna son Nouveau
Testament. Depuis ce jour-là et jusqu’aujourd’hui, ce Testament m’accompagna
partout. De retour dans ma chambre, je commençai à lire l’Evangile de Saint
Matthieu. Je continuai à lire jusqu’à trois heures du matin et la Parole de Dieu
me posséda tout entier. Le matin suivant, je vis que la neige recouvrait le sol
et je restai au lit toute la journée, simplement pour lire.
4
Conviction de péché
Le deuxième jour, je lisais le
troisième chapitre de l’Evangile de Saint-Jean, lorsque arrivé au troisième
verset, je m’arrêtai à la première partie de ce verset. Les paroles:"En vérité,
en vérité, je vous le dis, me convainquirent et mon coeur se mit à battre de
plus en plus fort. Je sentais quelqu’un à mes côtés et je l’entendis me dire
continuellement: "En vérité, en vérité, je te le dis’. J’avais l’habitude de
dire: (La Bible est un livre occidental. Mais la voix disait: "En vérité, en
vérité, je te le dis".
Je ne me suis jamais senti aussi confus que ce jour-là, car toutes les paroles
blasphématoires que j’avais l’habitude de prononcer contre Christ me revenaient
à l’esprit; tous les péchés commis à l’école et au lycée remontaient à ma
mémoire. J’appris pour la première fois que j’étais le plus grand pécheur et je
découvris que mon coeur était mauvais et impur. Mes jalousies mesquines à
l’égard de mes amis ou de mes ennemis, toute ma méchanceté: tout devenait clair
devant moi. Mes parents pensaient que j’étais un brave garçon, mes amis me
considéraient comme un bon ami et le monde me prenait pour un membre honnête de
la société, mais je connaissais seul ma véritable condition. Mes larmes se
mirent à couler et je dis: Oh! Seigneur, pardonne-moi. Je suis vraiment un grand
pécheur’. Pendant un certain temps, je pensais qu’il ne pouvait pas y avoir
d’espoir pour un aussi grand pécheur que moi. Comme je criais, la Voix me dit à
nouveau:
"Voilà mon corps brisé pour toi, voilà mon sang versé pour la rémission de tes
péchés". Je savais seulement que le sang de Jésus pouvait me laver de mes
péchés. Je ne savais pas comment, mais seulement que le sang de Jésus pouvait me
sauver. Je ne pouvais pas l’expliquer, mais la joie et la paix entrèrent dans
mon âme et j’eus l’assurance que tous mes péchés étaient effacés; je savais que
le Seigneur Jésus régnait dans mon coeur. Je continuais simplement à le louer.
Deux jours après, le même ami vint me trouver et me dit: "C’est Noël, et nous
avons la coutume de faire des cadeaux à nos amis".
"Ne me faites pas de cadeau, je vous prie", lui répondis-je, car je n’avais
pas d’argent pour lui rendre la pareille. Mais il insista et je lui dis
finalement: Soit, si vous voulez me faire un cadeau, donnez-moi donc une Bible,
puisque je n’ai qu’un Nouveau Testament. Il m’emmena dans une librairie et me
dit: "Choisissez vous-mêmes. Et il m’offrit la Bible que je porte maintenant sur
moi; c’est ce livre que je préfère à tout autre, et qui m’est devenu si cher. Je
rentrai donc et me lançai dans la lecture du livre de la Genèse. Cette lecture
me passionnait à tel point, que je pouvais passer parfois quatorze heures de
suite à le lire. Le 22 février 1930, j’avais terminé la lecture du livre tout
entier et, pendant ce temps, j’avais aussi étudié le Nouveau Testament à
plusieurs reprises. Je me mis donc à relire la Bible une seconde et une
troisième fois et je renonçai à la lecture des revues, journaux et romans.
J’avais accepté la Bible comme la Parole de Dieu, du premier verset de la Genèse
au dernier verset de l’Apocalypse, et aucun doute n’est jamais entré dans mon
esprit à l’égard d’aucun passage.
4
Guérison
Autrefois je me demandais pourquoi
certains Chrétiens avaient de la joie et que d’autres n’en avaient pas. Mais
plus tard, je compris que ceux qui avaient certains doutes au sujet de la Bible
n’avaient pas la joie véritable. Auparavant je ne pouvais pas comprendre les
maux que j’avais remarqués autour de moi, mais la Bible résolut toutes mes
difficultés. Pendant deux ans, je continuai à lire la Bible. Au cours de ma
deuxième lecture, je m’arrêtai à Hébreux 13/8: "Jésus-Christ est le même, hier,
aujourd’hui et éternellement". Je souffrais depuis de longues années d’un
catarrhe nasal. J’avais consulté les meilleurs médecins anglais, sans aucun
résultat. Ma vue s’était également affaiblie. Je me mis donc à prier: "Veux-tu
guérir mon nez et ma gorge, et me rendre toute ma vue? Le matin en me
réveillant, je constatai à ma grande joie que j’étais guéri. Cela me révéla que
mon Seigneur Jésus-Christ était le même hier, aujourd’hui et éternellement.
Depuis ce moment, j’ai eu le privilège de prier pour la guérison de beaucoup de
malades, et le Seigneur a merveilleusement répondu à mes prières.
4
L’appel au service
Je fus baptisé le 4 février 1932 à
Vancouver au Canada et après le baptême, j’allai de lieu en lieu pour rendre mon
témoignage. Au cours de la première semaine d’avril 1932, je fus invité à faire
une causerie sur l’Inde. Lorsque la réunion fut terminée, on me retint pour me
poser différentes questions: "Que pensez-vous de l’oeuvre missionnaire aux
Indes?, Je me mis à la critiquer très sévèrement. Lorsque je fus rentré chez
moi, je m’agenouillai pour prier, mais je constatai que je ne pouvais pas prier,
et la voix me dit: "Qui es-tu pour te mettre au travers de mon oeuvre? Tu
désires que d’autres se sacrifient, mais toi-même, tu veux retourner aux Indes
comme ingénieur et y mener une vie confortable! Ces paroles m’allèrent droit
au coeur et me firent l’effet d’un coup d’épée. C’était vrai. J’avais fait
tant de plans pour retourner dans mon pays comme ingénieur. J’avais dit que je
donnerais tout mon argent pour l’oeuvre du Seigneur. Mais il me dit: "Ce n’est
pas ton argent que je veux, c’est toi. Ce matin-là, je m’agenouillai, je Lui
demandai pardon, et Lui dis: "Oh! Seigneur Veux-tu m’accepter? Je suis prêt à
aller n’importe où, aux Indes, en Chine ou en Afrique. Je veux tout abandonner
pour Toi, amis, parents, biens. Le Seigneur me dit: "Il te faudra marcher par la
foi. Tu ne devras rien demander à personne, pas même à tes amis, ni à tes
parents. Tu ne devras pas faire de plans". Je répondis: "Seigneur, tu veux,
d’une part, que j’abandonne toutes mes revendications sur mes biens et mon
foyer, et d’autre part, tu veux que je vive simplement par la foi. Qui pourvoira
donc a mes besoins?, Le Seigneur dit: "Ce n’est pas là ton affaire".
Bien que six années se soient écoulées depuis lors, je peux dire à Sa gloire que
je n’ai jamais demandé quoi que ce soit à personne, pas même à mes meilleurs
amis. Mais le Seigneur a richement pourvu à tous mes besoins. Je demeurai
pendant un an en Amérique comme prédicateur, car j’avais abandonné tous mes
projets de futur ingénieur.
4
Témoignage dans mon pays
Le 19 octobre 1932, j’écrivais à mon
père et lui racontais ma conversion. Le 15 novembre, je demandai au Seigneur
d’envoyer à mon père quelqu’un qui pût lui expliquer la lettre que je lui avais
écrite à propos de ma conversion, car elle était longue et pleine de références
prises dans la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse. Le même jour, mon père alla
voir un missionnaire américain de ma ville natale. Le 21 novembre 1932 lorsqu’il
reçut ma lettre, il alla trouver ce même missionnaire, dont il avait fait la
connaissance et lui dit: "J’ai là cette lettre contenant de nombreuses
références bibliques. Voudriez-vous me les expliquer?" Le missionnaire lui donna
une Bible en ourdou et lui expliqua la manière de trouver les références. Il fut
convaincu que ma conversion correspondait à ma véritable conviction et il
m’écrivit qu’il n’y voyait aucune objection et se réjouissait de me savoir
heureux dans ma foi.
Le 6 avril 1933 je rentrai à Bombay après sept ans d’absence. Mon père et ma
mère vinrent à ma rencontre. Quand je descendis du bateau, la première chose que
me dit mon père fut: "Ta mère et moi, nous sommes les seuls à connaître ta
conversion. Ne voudrais-tu pas garder ce fait secret et continuer à être un Sikh
à cause de l’honneur familial? Tu peux lire la Bible et aller à l’église, mais
ne dis à personne que tu es chrétien". "Puis-je vivre sans respirer? lui
répondis-je. Quand Christ est ma vie comment puis-je vivre sans Lui?" Je lui dis
que j’avais donné ma vie toute entière à Christ. Il me demanda:
"Veux-tu devenir missionnaire?" "Non". "Si tu ne cherches pas notre bien,
cherche du moins le tien! Si tu deviens missionnaire, certains au moins te
respecteront. Si tu vas de lieu en lieu qui t’écoutera, et comment
subviendras-tu à tes besognes ? J’expliquai que Dieu m’avait appelé à ce
travail, mais mon père ne put le comprendre. Il dit : "Si tu ne peux pas garder
la chose secrète, tu ne peux pas revenir au foyer." Mon père et ma mère me
laissèrent à Bombay et je commençai à faire quelque travail chrétien dans cette
ville.
Au bout de deux ou trois semaines, je reçus une lettre de ma soeur. J’ai appris
que tu es revenu, m’écrivait elle. Veux-tu venir me voir? Elle ignorait que je
fusse devenu chrétien. Elle pensait que j’avais commencé à travailler à Bombay.
Je me rendis donc à Karachi pour la voir. Quand elle me vit prêcher au marché et
aller à l’église, elle écrivit à mon père en lui disant: "La situation est
dangereuse, viens vite.
Mon père se rendit immédiatement à Karachi. Le soir même, il y eut un conseil de
famille avec ma soeur et mon beau-frère, mes frères et mon père. Ma soeur
s’emporta et m’injuria. "Tu as quitté une noble religion, me dit-elle, et tu es
devenu un proscrit". "Je suis pire qu’un proscrit, répondis-je, car vous ne
pouvez voir l’état de mon coeur. Le Seigneur Jésus m’a dit que je suis le plus
grand des pécheurs., Lorsque j’eus prononcé ces paroles, ma soeur s’emporta
encore davantage et voulut proférer quelques paroles contre Christ. Mon père me
demanda ma Bible en ourdou et je la lui donnai. Il commença à lire différents
passages du Nouveau Testament. "Nous t’avions convoqué pour que tu le
réprimandes et tu te mets à prêcher Christ", dit ma soeur. "Tu n’as aucun droit
de critiquer le Seigneur Jésus, puisque tu ne sais rien de Lui", répliqua mon
père. "Tu peux dire ce que tu veux contre ton frère, mais ne dis rien contre
Christ." Ils restèrent tous stupéfaits et se séparèrent.
4
La conversion de mon père
Le lendemain, mon père assista à un
culte et après le service, nous nous promenions tous les deux dans la rue, quand
un Sikh que j’avais eu le privilège d’amener à Christ, vint à notre rencontre.
Il raconta son expérience à mon père. Celui-ci lui dit qu’après son entrevue
avec moi à Bombay il était tout malheureux. Il était allé voir des sadhous et
des sanyasis et leur avait demandé de lui indiquer le moyen de trouver la
véritable paix. Mais tous lui avaient dit que c’était une chose très difficile à
atteindre. Un certain dimanche, mon père passa devant une église à Lahore. Le
service allait commencer, il y entra, sans y faire particulièrement attention et
s’assit dans l’une des dernières rangées. Dès que le service fut commencé, il
vit une grande lumière. En apercevant la lumière éclatante, il s’écria: "oh
Seigneur, Tu es aussi mon Sauveur., Et une grande paix vint inonder son âme.
Avant de quitter Karachi, mon père me dit: "Tu peux rentrer au foyer quand tu le
voudras". Ainsi je rentrai. Tous mes amis et connaissances vinrent me voir. Ils
me faisaient des remontrances du matin au soir. Chaque homme et chaque femme
avait quelque chose à dire. Mais je demeurais calme.
Puis mon père me dit: "Pourquoi ne rends-tu pas ton témoignage à l’église? Mais
le pasteur hindou de l’assemblée locale ne voulut pas m’y autoriser. Il dit: "Tu
as tant de connaissances et d’amis dans cette ville. Vu leur mentalité, ils
créeraient certainement du trouble." - "Je suis prêt à tout", lui dis-je. Des
réunions eurent donc lieu dans l’église nouvellement construite, et des gens de
toutes sortes y vinrent. On avait de la peine à trouver une place, tant à
l’intérieur qu’à l’extérieur. J’y rendis mon témoignage et, après la réunion,
beaucoup de gens se rassemblèrent autour de moi et me dirent:
"Nous aimerions te poser quelques questions." Et je me mis à leur disposition.
L’un d’eux me demanda: "Est-ce que ta religion te permet de désobéir à tes
parents? Est-ce que ton amour te permet de décevoir tes parents? Si ton père a
dépensé 25.000 roupies pour ton éducation, il était certainement de ton devoir
de lui demander son consentement pour devenir chrétien. Considère ton père:
C’est un homme brisé dans son coeur. Est-ce cela que tu appelles aimer ?
J’allais répondre lorsque mon père se mit à parler. Mon père a une voix aussi
forte que la mienne. Il dit donc aussi fort qu’il put: "Je ne suis pas du tout
un homme au coeur brisé. Pourquoi associez-vous mon nom à tout cela? Je suis
convaincu que mon fils possède la paix véritable. Avant que vous posiez d’autres
questions, j’aimerais vous demander s’il y en a un seul d’entre vous qui puisse
affirmer avoir en lui la paix éternelle. Je sais que mon fils à la paix
véritable. Avancez, s’il vous plaît, si, vous aussi, possédez cette paix. Car je
ne permettrai à personne d’entre vous de poser ces questions, s’il n’a pas la
vraie Paix." En entendant ces mots, les gens me regardèrent d’abord moi, puis
ils regardèrent mon père, puis ils se dispersèrent.
Depuis ce moment-là, j’ai eu souvent le privilège d’aller dans ma ville natale
et j’y ai dirigé plusieurs réunions dans l’église locale. A présent, la haine
des premiers jours a disparu. Mon père est vraiment né de nouveau et il en rend
témoignage. Il est très fidèle, mais il n’a pas encore été baptisé. Il voulait
attendre ma mère qui est très religieuse. Elle dit avoir donné un fils au
Seigneur Jésus-Christ et elle a foi en Lui. Un jour, ma mère eut un accès de
fièvre typhoïde. Mon frère appela un médecin anglais pour la soigner. Lorsqu’il
fut reparti, elle me dit: "Je ne prendrai aucun médicament. Vous prierez et je
serai guérie." La nuit même le Seigneur la guérit. Mon père lit tous les jours
la Bible et ma mère écoute attentivement, mais elle n’est pas encore née de
nouveau. Puis-je demander vos prières pour elle? Mon père, lui, est né de
nouveau, ainsi que l’un de mes jeunes frères qui a été baptisé.
(P.S.: Depuis que j’ai écrit ces lignes, j’ai eu le privilège de baptiser mon
père, le 25 décembre 1945, à Madras et il a été appelé par le Seigneur dans la
gloire le 3 juillet 1946.)
"Le figuier ne fleurira pas, la vigne ne produira rien, le fruit de l’olivier
manquera, les champs ne donneront pas de nourriture, les brebis disparaîtront du
pâturage, et il n’y aura plus de boeufs dans les étables. Toutefois je veux me
réjouir en l’Eternel, je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut." (Hab.
3/17-18)
4
Premiers pas dans la vie de la
foi
Au cours des années qui se sont
écoulées depuis ma conversion, le Seigneur Jésus-Christ est devenu de plus en
plus précieux et réel pour moi au travers des nombreuses épreuves qui vinrent
m’assaillir comme une marée. Dans mon témoignage qui précède j’ai dit comment
j’ai trouvé la joie ineffable et glorieuse,, comment le Seigneur Jésus-Christ
m’a cherché et m’a sauvé. J’ai trouvé une grande joie, une grande paix coulant
comme une rivière, mais j’ai découvert aussi que j’aurais à affronter de grandes
épreuves après ma conversion.
4
La Pauvreté
En décembre 1929, le Seigneur
Jésus-Christ devint mon Sauveur. Pour être plus précis, ce fut le 19 décembre
1929, à onze heures trente du matin et, dès le début de mon expérience
chrétienne, j’eus à affronter toutes sortes d’épreuves. La première fut la
pauvreté. Avant ma conversion, mon père m’envoyait n’importe quelle somme
d’argent. Il m’envoyait régulièrement assez d’argent pour couvrir les dépenses
de quatre ou cinq mois, et si j’en voulais davantage, j’envoyais un télégramme
auquel il répondait aussitôt en m’envoyant ce que j’avais demandé. Mais après ma
conversion, mon père ne put plus m’envoyer d’argent.
De nombreux mois passèrent sans que je reçoive aucune nouvelle de mes parents.
J’écrivais de nombreuses lettres, mais je n’obtenais aucune réponse. J’envoyais
des télégrammes, toujours pas de réponse. Je ne savais pas ce qui se passait
chez les miens. Toutes sortes de pensées me préoccupaient à ce moment-là. Je me
demandais ce qui était arrivé à mon père et à ma mère pour qu’ils ne répondent
pas même à mes télégrammes. Je n’avais même plus d’argent pour écrire de
lettres, et je vivais dans une ville étrangère, inconnu de tous, sans ami. Je
pris la résolution de ne m’adresser à personne pour demander de l’aide et me mis
à chercher du travail. 1929 fut l’année la plus dure pour toute l’Amérique, les
chômeurs se comptaient par milliers. Je vis des gens qui avaient été très
riches, aller de maison en maison pour vendre des biscuits et des gâteaux afin
de gagner leur vie. Ce fut pour moi l’épreuve de la pauvreté. Je partais, le
matin, de bonne heure, pour chercher du travail et je passais toute la journée à
parcourir les magasins, les ateliers et les usines en demandant: "Monsieur,
n’auriez-vous pas du travail pour moi? Et la réponse était toujours la même:
"Je n’ai pas de travail pour vous." J’allais ainsi d’une affaire à l’autre,
recevant invariablement la même réponse:
"Je regrette beaucoup, mais il n’y a rien pour vous." J’entendais cette réponse
du matin au soir, cheminant durant des heures de maison en maison et de magasin
en magasin, pendant quatre mois. Après quatre mois de recherches, j’obtins un
emploi en qualité de cuisinier. Ce n’était vraiment pas ce que j’aurais choisi.
4
La pâte d’oignons
Cela se passa de la façon suivante.
Lorsque je voyageais d’Angleterre au Canada, j’avais rencontré sur le bateau
quelques personnes qui m’invitèrent un jour chez eux et qui émirent le désir de
goûter une sauce indienne authentique. Ils avaient justement zinc rencontre
amicale et je préparai une sauce indienne pour les deux ou trois personnes qui
la désiraient. Quatre mois après, je les rencontrai à nouveau et ils me
proposèrent de travailler chez eux comme cuisinier. Ce fut là mon premier
métier!
Je remercie Dieu de m’avoir aidé et de m’avoir parlé au moyen d’oignons, de
piments et d’autres ingrédients. Je dus faire une pâte avec deux seaux
d’oignons, si bien que les larmes ruisselaient sur mes joues. Ensuite j’ajoutai
à cette pâte, du beurre ou de la poudre de cari, ce qui donna, une fois cuite,
une sauce délicieuse. Et je me disais que nous étions tous comme des oignons ou
des ingrédients amers employés pour la cuisine. Certains sont très piquants,
comme les oignons, d’autres encore sont aromatisés comme des épices, mais
lorsque nous sommes mélangés et apprêtés par le Saint-Esprit, nous pouvons tous
dégager un amour divin. Dieu me parlait ainsi et la Parole de Dieu commençait à
devenir très concrète pour moi. Je comprenais que c’était là mon école pour un
ministère futur. Je ne savais pas encore comment Dieu m’emploierait, mais je
sentais que Dieu m’appelait à Son service.
Un matin, lorsque j’étais étendu sur mon lit, là-bas en Amérique, j’aperçus
soudain devant moi sur le mur, une carte de l’Inde avec une croix toute
brillante en son centre, et j’entendis une voix qui me disait: "Si tu veux me
servir, il faut que tu laisses ta vie à la Croix." Cela a dû se passer au début
de mars 1930. Je ne pouvais pas comprendre comment je pourrais un jour servir le
Seigneur, mais la croix brillante me rappelait toujours que le jour viendrait où
je devrais parcourir l’Inde tout entière avec le message de Dieu. En attendant,
je continuais à chercher du travail.
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Agent de police de Toronto
Je reçus une lettre de Toronto, une
ville située à 3000 kilomètres à l’Est de Winnipeg. La maison qui m’écrivait
m’offrait de me faire suivre un cours d’ingénieur agronome si je m’y rendais. Or
c’était là juste ce que je désirais. Cette maison fabriquait toutes les machines
agricoles et m’offrait un emploi dans son usine. Mais je n’avais pas les moyens
de m’acheter le billet de chemin de fer pour un si long voyage. Je m’agenouillai
et priai: "Seigneur, si tu veux que j’aille là-bas, je te prie de pourvoir aux
frais du voyage."
Le dimanche matin suivant, je me rendis à un culte tout proche, et lorsque
l’école du dimanche fut terminée, un homme de haute taille appelé Monsieur Flynn
vint à moi, me serra la main et me dit: "Mon frère, si tu veux te rendre à
Toronto, je t’y enverrai." Je ne lui avais pas parlé de mes projets. Ensuite, il
me demanda si j’étais disposé à devenir agent de police à Toronto. Lui-même
était commissaire de police à Toronto et cherchait deux agents pour voyager en
train spécial de Winnipeg à Toronto, seulement deux agents pour deux jours.
Etais-je disposé à y aller? Le voyage du retour serait payé. J’avais prié de
pouvoir me rendre à Toronto, c’était l’exaucement de Dieu: Je devins agent de
police pendant deux jours. Je crois que lorsque nous accomplissons le service de
Dieu, nous devons être vigilants comme un agent de police. Je ne le savais pas
alors, mais Dieu le savait. Ainsi il me formait en faisant de moi un agent de
police. Pour me rendre à Toronto, il me fallait l’argent pour l’aller, mais Dieu
pourvut aux frais de l’aller et du retour. Je remarquai que la main de Dieu
conduisait mes pas dans toutes ces directions et je commençai à rencontrer ici
et là des gens que Dieu préparait pour son service.
Je me rendis donc à Toronto. Mais en me donnant les fonctions d’agent de police,
on ne me donna aucun salaire, aucun argent, uniquement mon billet de retour. Je
me trouvais donc dans une grande ville sans argent. J’avais quelques francs qui
me permirent d’acheter un petit paquet de cacao. Je mélangeai ce cacao avec de
l’eau chaude prise au robinet de la salle de bain, et sans sucre, je le buvais
le matin, à midi, le soir et durant la nuit. Je me nourris ainsi pendant dix
jours avec ce petit paquet de cacao, alors que je travaillais à l’atelier et
rentrais le soir très fatigué. Je savais que Dieu avait quelque intention et
qu'il préparait pour quelque chose. A cette époque je ne comprenais pas, mais ce
furent pour moi des journées extrêmement heureuses. Je devais faire plusieurs
kilomètres pour aller à l’atelier et en revenir, car je n’avais pas d’argent
pour voyager en autobus, mais je me rappelle avec gratitude toutes ces épreuves,
car le Seigneur devint alors plus réel pour moi.
4
De nouvelles bottes
Puis vint l’hiver. Au Canada, l’hiver
est très rude et, à moins d’avoir des vêtements particulièrement chauds, il est
très difficile de le supporter. Chaque matin, je priais le Seigneur de me
réchauffer, puisque je n’avais pas d’argent pour acheter, ni chandail, ni
cache-nez, ni pardessus. La nuit, pour avoir chaud, je devais ramener mes genoux
sur ma poitrine. Le Seigneur commençait à me parler dès les premières heures de
l’aube. Je ne saurais me rappeler un seul jour au cours duquel un doute serait
monté en moi. Je savais qu’à cause d’un plan caché, qui m’était inconnu, Dieu
permettait ces peines et ces privations actuelles.
Je devais faire de nombreux kilomètres dans des chaussures aux semelles
terriblement trouées, et vous savez qu’en sortant ainsi, dans la neige et la
pluie, avec des chaussures trouées, on peut facilement prendre froid. La partie
supérieure des chaussures était intacte, mais les semelles étaient en piteux
état. Je priai et demandai au Seigneur de me donner une nouvelle paire de
chaussures. Ce même jour, j’avais un rendez-vous avec un monsieur; j’astiquai
donc mes chaussures trouées et me présentai à son bureau. Au courant de notre
conversation, le monsieur s’arrêta soudain et me dit: "Me permettez-vous de vous
acheter une nouvelle paire de bottes? Ne refusez pas, s’il vous plaît. Quelqu’un
m’a donné l’argent nécessaire pour cela." Voilà comment le Seigneur me donna une
nouvelle paire de bottes. Je remarquai plus tard que dans toutes les petites
choses, Dieu commençait à parler en ma faveur, parce que j’étais décidé à ne
faire aucune allusion à mon besoin, à ma faim, ma soif. Je me disais en
moi-même: "Si le Seigneur Jésus-Christ a lavé tous mes péchés, il me donnera
certainement toutes choses sans aucun souci, ni aucune anxiété de ma part. Si je
souffre maintenant, cela sert à l’accomplissement de quelque plan divin que Dieu
connaît".
Le temps s’écoulait et j’éprouvai, un matin, un fort désir d’écrire à ma mère,
mais je n’avais pas d’argent pour acheter de timbres, ni de papier à lettres. Je
m’agenouillai et priai: "Seigneur, je crois que ma mère pense à moi et
j’aimerais bien lui écrire. Je n’ai pas d’argent pour acheter des timbres et du
papier." Je me relevai et fouillai dans mes poches. Dans l’une d’elles, je
trouvai une petite pièce de monnaie. Il était bien douteux que cette pièce pût
suffire à l’achat des timbres. J’appelai un petit enfant, lui donnai la pièce et
l’envoyai acheter des timbres. Quelques instants plus tard, une dame vint me
voir et me demanda pourquoi j’avais donné cette pièce à l’enfant. Je m’excusai
disant que je regrettais beaucoup de ne pas avoir autre chose. Elle me dit alors
que c’était une pièce d’or, qu’elle n’en avait plus vu depuis de nombreuses
années. Elle ajouta qu’elle avait vu autrefois au Pundjab une pièce de monnaie
analogue, mais n’en avait jamais revue. Je me demandais comment une pièce
pouvait être dans ma poche et je dis à cette dame que ce devait être du cuivre
et non pas de l’or. Mais elle persista dans son affirmation et elle avait
raison. Je ne peux pas vous dire comment cette pièce d’or avait été introduite
dans ma poche, mais c’est ainsi que Dieu subvint à mon besoin ce jour-là.
4
La prière casse la machine
Pendant mon apprentissage agricole, je
dus travailler dans différentes fermes et labourer dans les champs. Ainsi le
Seigneur m’envoya en divers endroits. Au Canada, quand les céréales sont mûres
pour la moisson, elles sont coupées par des machines et liées en petites gerbes.
Ces gerbes sont transportées par camions vers d’autres machines où elles sont
battues pour séparer la balle du grain. J’étais occupé dans une ferme où les
gens devaient travailler sans répit afin d’achever la moisson en son temps, car
l’été y est très court. Le travail commençait à quatre heures du matin et se
poursuivait jusqu’à sept ou huit heures du soir. Je n’avais jamais travaillé
autant que cela, mais j’étais sûr que je devais rester à mon poste. Mon
occupation consistait à aller dans les champs avec deux chevaux, à ramener
toutes les gerbes (un chargement très lourd) et à remplir les deux demi chariots
de la batteuse. Je devais m’arranger pour approvisionner la machine pendant
qu’elle fonctionnait. Un jour j’étais très fatigué. Mes jambes et mes poignets
me faisaient très mal et je me sentais épuisé. Et il y avait encore devant moi
quatre heures de travail. Je me mis à prier: Oh! Seigneur, donne-moi la force de
terminer le travail ou bien brise la machine!, Le Seigneur brisa la machine!
Toute la machine s’arrêta, et les ouvriers eurent quatre jours de congé tandis
que les mécaniciens la réparaient. Mais ne priez pas de la sorte tous les jours.
Si vous allez à l’atelier demain matin, ne demandez pas à Dieu de briser la
machine! Il y a cependant des occasions où le Seigneur nous délivre de
situations embarrassantes de façon remarquable.
Je vécus ainsi pendant deux mois environ avec des ouvriers et des manoeuvres qui
s'adonnaient à toutes sortes de vices: tabac, boisson, jeu et autres vices. Nous
occupions à sept une petite pièce servant de grenier à grain. Nous avions à deux
un petit lit; mon compagnon avait l’habitude de dormir à l’un des angles,
recroquevillé sur lui-même, tandis que je devais. me tenir tout à fait au bord
du lit. Je devais prier: "Seigneur, donne-moi un peu de sommeil." Le Seigneur
répondait à ma prière et me donnait le sommeil, bien que le matelas fût plein de
souris et de poux. Je savais que le Seigneur me préparait pour quelque chose.
Ainsi grâce à cette épreuve, quand nous passons maintenant n’importe où dans
les villages pour annoncer l’Evangile, l’endroit et le mode d’hébergement nous
importent peu. Le Seigneur nous accorde toujours le sommeil, même sur des dalles
de pierre!
4
Les portes s’ouvrent
A ce moment-là, je ne savais pas que
le Seigneur m’appelait à Son service, car je pensais devoir gagner beaucoup
d’argent pour le donner au Seigneur. J’avais l’intention de devenir ingénieur et
de parcourir toute l’Inde pour gagner de l’argent et le donner ensuite à Dieu.
Le Seigneur dit: "Je ne veux pas ton argent, c’est toi que je veux., Je remercie
Dieu d’avoir pu Lui donner ma vie tout entière pour son service. Le 4 avril
1932, à deux heures trente du matin, je Lui ai dit: "Seigneur, je ne sais pas
comment tu peux m’employer, mais je suis prêt à être utilisé par Toi. Envoie-moi
dans n’importe quel pays, n’importe où. J’irai !" Alors le Seigneur me dit trois
choses: "Abdique tous tes droits sur tes propriétés et sur tes terres au Pundjab,
et ne fais jamais d’allusion à personne au sujet de tes besoins. Deuxièmement:
n’adhère jamais à une mission, une société ou une dénomination, et
troisièmement, ne te fais jamais ton propre programme." J’acceptai ces trois
conditions et, à partir de ce jour, le Seigneur commença à ouvrir des portes
dans la ville même où je me trouvais.
Une seule fois de ma vie, je préparai des notes pour mon sermon. On me demanda
de parler dans un lycée, et je pensais qu’en tant que lycéens, les élèves se
moqueraient de moi; je pris donc du papier et un crayon et je préparai très
soigneusement mes notes, environ douze pages. Je me rendis au lycée avec la
certitude de donner un bon message. Je commençai par lire la première page, puis
la seconde et la troisième. De la troisième page, je passai à la neuvième. Je ne
sais pas comment cela se produisit, mais je devins tellement nerveux que je fus
incapable de trouver la bonne page, alors je mis toutes les feuilles dans ma
poche et je commençai à parler tout simplement. A partir de ce jour, je n’ai
plus utilisé de notes pour prêcher. Je commençai à prier: Seigneur, vide-moi et
enlève de moi mes pensées, mes idées pour me donner Tes pensées et Tes paroles."
Il n’a jamais failli.
Beaucoup de monde pensait que j’étais un prédicateur très connu aux Indes et à
cause de cette fausse idée, on m’invitait à parler. Quand j’acceptais et qu’on
venait me chercher on me demandait en général: "Etes-vous Bakht Singh?, Comme je
répondais par l’affirmative, les gens me disaient qu’ils s’étaient attendu à
voir un homme de haute taille avec une robe flottante. Telle était leur
impression, mais ils ne réalisaient pas le moins du monde que je ne savais pas
ce que j’allais leur dire et que je devais prier: Seigneur, touche mes livres,
touche ma langue et donne-moi Tes pensées et Tes paroles." Et le Seigneur n’a
jamais manqué de le faire.
Vancouver est un port de mer très connu. J’ai eu le privilège et la joie d’y
prêcher l’Evangile à des Noirs, des Japonais, des Chinois, des Italiens, des
Hongrois et à d’autres, car toutes les nationalités de tous les pays y étaient
représentées. Ce n’était pas là mon plan, mais le plan de Dieu.
Après beaucoup de prière, le Seigneur me dit: "Je veux que tu ailles aux Indes
le 6 février." Je m’adressai au bureau de la Navigation et je me renseignai au
sujet du départ d’un bateau de Vancouver pour l’Inde le 5 février. On me fit
savoir qu’il y en aurait un qui devait quitter le port le 6, et on m’inscrivit
comme passager en me disant que je pourrais payer les frais du voyage le jour du
départ. J’informai donc mes amis de mon départ pour l’Inde le 6 février. Ils
organisèrent rapidement une rencontre d’adieux pour le 4 février. La veille de
cette réunion, ils vinrent me demander si j’avais l’argent nécessaire pour ma
traversée jusqu’aux Indes. Lorsqu’ils apprirent que je n’avais pas d’argent,
mais que je croyais que le Seigneur en avait en abondance, ils me dirent que je
ne pouvais pas faire une telle chose et ils annulèrent la réunion d’adieux. Je
leur répondis qu’ils pouvaient annuler la réunion, mais que je partirais quand
même. Le Seigneur m’avait parlé et je savais qu’Il pourvoirait à mes frais de
voyage en son temps à Lui; mais ils ne voulurent pas me croire et annulèrent la
réunion. Deux jours après, je recevais plus que l’argent nécessaire pour le
voyage, et comme le Seigneur l’avait bien révélé, je fis voile pour les Indes le
6 février. Le Seigneur m’accorda un temps très béni à Vancouver, Yokohama,
Shanghai, Hongkong et Singapour, et je compris que le Seigneur m’avait précédé
dans toutes ces villes et avait préparé des amis pour m’y recevoir. Je trouvai,
conformément à Sa merveilleuse promesse qu’il y avait des amis partout, et je
fis l’expérience de la vérité de la Parole de Dieu qui dit: "Il les conduisit de
Ses mains intelligentes." (Psaume 78/72)
4
Sans foyer à Bombay
Lorsque j’arrivai à Bombay le 6 avril
1933, j’appris que mon père et ma mère ne me permettaient de rentrer au foyer
qu’à la condition de garder le secret sur ma foi, et je commençai donc mon
travail à Bombay. Je mis mes bagages dans un coin et commençai à distribuer des
traités dans plusieurs quartiers de la ville. Cela durait de l’aube jusqu’à
minuit. Lorsqu’une personne s’intéressait, elle disait: "Voudriez-vous entrer
dans cet hôtel pour un entretien?" Et nous nous asseyions et nous causions
ensemble. Ensuite cette personne m’invitait à prendre une tasse de thé et
c’était mon petit déjeuner, mon goûter et mon dîner. Pendant sept semaines, je
distribuai ainsi des traités et parlai aux gens de Bombay. Si quelqu’un
s’intéressait, je l’invitais à venir sous le réverbère au bord de la route et là
nous parlions jusqu’à deux heures du matin. De cette façon, j’expliquai le
chemin du salut selon l’Ecriture, aux Hindous et aux Musulmans qui passaient. La
rue était mon foyer et le réverbère ma lumière. C’est là que j’avais mon moment
de méditation. Cependant ce fut un temps très heureux. Je remercie Dieu pour
tous ces jours au cours desquels le Seigneur Jésus-Christ me devint plus réel et
plus cher.
Quelques semaines plus tard, je reçus une lettre de ma soeur à Karachi; elle me
demandait de venir passer quelques jours avec elle. Elle avait appris par mon
père que j’étais revenu aux Indes et que je cherchais du travail à Bombay. Il ne
lui avait pas dit que j’étais devenu chrétien. Quand je fus chez elle et qu’elle
remarqua que j’étais devenu chrétien, elle regretta de ne pas pouvoir me
recevoir dans sa maison par crainte de son beau-père. Je fus obligé de quitter
sa maison et passer de nombreux jours dans le parc public. Je commençai mon
travail à Karachi avec six anas. Avec cet argent, j’achetai douze évangiles. Je
les vendis à leur tour et en achetai quelques autres avec le produit de ma
vente. Je continuai ainsi à acheter et à vendre des évangiles. Si quelqu’un
voulait apprendre quelque chose de Christ, je le prenais sous un arbre et lui
parlais du Seigneur Jésus-Christ, et le Seigneur commença à travailler de façon
merveilleuse.
4
Gagneur d’âmes à Karachi
Un jour où je parcourais un marché, je
vis un jeune homme venir à moi. J’essayai de l’arrêter mais il ne s’arrêta pas.
Plus je le pressais, plus il courrait. A la fin, il dit:
"Que voulez-vous? "Je suis chrétien, répliquai-je, et le Seigneur m’a sauvé. Je
voudrais vous raconter comment j’ai été sauvé." -"Je n’en veux pas de votre
religion, dit-il. J’en ai assez de la vie et je vais me suicider en me
précipitant dans la mer." - "Mais pourquoi n’attendriez-vous pas jusqu’à demain,
continuai-je. Quelques heures de plus ou de moins n’y changeront rien." Il
accepta cette suggestion et je l’emmenai dans un petit parc où je lui lus
quelques versets de la Bible. II déclara qu’il se sentait mieux et qu’il
pourrait attendre jusqu’au lendemain. Il voulut savoir s’il pouvait me revoir le
jour suivant. Nous décidâmes de nous rencontrer dans le même parc, et qu’après
un ultime entretien, il se suiciderait. Mais après notre conversation, il
déclara qu’il n’avait plus aucune envie de mettre fin à ses jours, il décidait
en savoir plus long à propos de la joie éternelle dont je lui avais parlé. Voilà
comment le Seigneur commença à me donner des âmes de façon tout à fait
merveilleuse.
Je me rappelle un jour - il était une heure du matin - j’étais très fatigué et
j’allais me reposer, lorsque j’entendis une voix disant: "Lève-toi et sors." Je
répliquai que j’étais très fatigué, que mes jambes me faisaient mal et que
j’avais un grand besoin de sommeil. Mais la voix répéta: "Lève-toi et sors."
Tout en grommelant j’endossai le manteau dont les poches contenaient des traités
dans toutes les langues destinés à la population cosmopolite de Karachi. Dès que
je fus dehors, je vis deux jeunes gens marcher devant moi. Arrêtez, s’il vous
plaît, leur criai-je; j’ai quelque chose à vous dire. Quand ils s’approchèrent,
je leur dis comment j’étais sur le point de me coucher quand la Voix de Dieu
m’avait envoyé auprès d’eux. Ils dirent que ce devait être la Voix de Dieu,
puisque c’était un moment insolite pour se promener, et ils me demandèrent de
leur donner le message. J’ouvris ma Bible, y lus quelques versets et leur parlai
de ma conversion en leur donnant mon témoignage. L’un des hommes, nommé Kulkarui,
dit: "Je sais que Dieu vous a envoyé pour moi. J’étais très malheureux et je
désirais une Bible. Pourriez-vous m’en donner une ?" I1 acheta une Bible et crut
au Seigneur Jésus-Christ. Quelle joie de trouver aux Indes ces âmes à la
recherche de la vie!
Après avoir prié, j’eus la conviction que je devais me rendre dans un petit
village à environ 155 milles de Karachi. Je demandai à un ami de m’y
accompagner, et nous nous mîmes tous les deux en route. La langue de cette
province est le sindhi et je ne connaissais que quelques mots du Sindhi courant.
Il s’y trouvait beaucoup de musulmans qui savaient à la fois le sindhi et
l’ourdou et je pensais que je pourrais peut-être trouver un volontaire pour me
traduire. Arrivé au village, je me mis aussitôt en quête d’un homme qui parlât à
la fois le sindhi et l’ourdou. J’appris qu’il y avait un musulman qui
connaissait les deux langues; mais quand nous nous renseignâmes plus amplement à
son sujet, nous apprîmes qu’il était mort la nuit même. Nous nous dîmes qu’il ne
nous serait pas d’une grande utilité. Nous demandâmes conseil à Dieu. Nous nous
rendîmes ensemble au bord de la rivière et priâmes pendant deux heures environ;
au bout de ce temps, nos vêtements étaient pleins de sable. Le Seigneur me dit:
"Je veux que tu parles en sindhi." Je répondis: "Comment pourrais-je parler en
sindhi? Je n’en connais que quelques mots." Mais le Seigneur répondit: "Va et
parle." Nous nous rendîmes au village et rassemblâmes une petite foule. Je leur
dis mon regret de ne pas connaître couramment leur langue, mais les paroles et
les pensées se présentèrent à mon esprit, je ne sais trop comment. Nous pûmes
ainsi voir la main intelligente de Dieu nous conduire.
Le lendemain, matin, une voix se fit entendre: Traverse la rivière et rends-toi
au village appelé Bano." Nous traversâmes la rivière en bateau et le soir, juste
au coucher du soleil, nous arrivâmes à un petit village.
Nous allâmes au centre du village où nous vendîmes des évangiles. Un musulman se
présenta et s’adressa à nous en termes bourrus; il était extrêmement irrité. Il
nous demanda: Pourquoi êtes-vous venus dans ce village? Vous autres chrétiens
ne pouvez pas parler du ciel ici. Nous lui dîmes que nous n’étions pas venus en
ce lieu par nous-mêmes, mais que nous étions envoyés par Dieu. Nous avions
entendu la Voix de Dieu et nous étions venus pour donner le message de Dieu.
Nous n’étions pas des missionnaires, et ne faisions qu’apporter le message de
Dieu. Ensuite il nous demanda où nous logions. Nous lui dîmes que nous logions
où nous étions. Puis il nous questionna au sujet de notre nourriture. Nous lui
dîmes que nous ne savions pas d’où elle nous viendrait. Alors il nous proposa de
séjourner dans sa maison où il inviterait les gens à entendre le message de
Dieu, et il se mit à notre disposition pour traduire le message. Je pensais
qu’il essayait de nous tendre un piège, aussi me mis-je à prier, et Dieu nous
dit de ne pas nous effrayer, mais de le suivre. Il possédait un vaste domaine
autour de sa maison et, après nous avoir donné à manger, il apporta des chaises
dans le domaine et envoya des serviteurs chercher les villageois. Le chef du
village traduisit le message.
Lorsque j’eus terminé par la prière et que tout le monde fut rentré chez soi, un
agent de police musulman apparut et dit:
"Pourrais-je avoir un entretien avec vous? J’ai attendu pendant cinq ans avant
de rencontrer quelqu’un qui put m’expliquer quelque chose du Seigneur
Jésus-Christ. Quelqu’un m’a donné un Evangile de Luc que j’ai lu à de nombreuses
reprises, mais je n’arrive pas à le comprendre. Je suis tellement reconnaissant
que vous soyez venus dans mon village." Durant toute la nuit, ce musulman écouta
chaque parole et il acheta ensuite une Bible complète en ourdou.
4
Rivière dans le désert
Nous traversâmes plusieurs villages
dans ce désert solitaire du Sind, où aucun missionnaire n’était encore jamais
venu prêcher l’évangile. Quelle joie de parcourir ces routes étroites et de
visiter ces jolis villages, bien que nous ayons eu à rencontrer et à
expérimenter toutes sortes de privations. Après avoir parcouru trente milles,
nous pénétrâmes dans l’un de ces petits villages et, éprouvant une vive
sensation de faim, nous nous rendîmes au marché du village. Mais aucun vendeur
ne voulut nous vendre à aucun prix ni riz, ni froment. Avec beaucoup de
difficultés, nous reçûmes un peu de farine, du riz rouge que nous mîmes dans
deux gros "chappatis", mais nous n’avions rien d’autre à manger avec cela.
En demandant au marchand, il nous donna une espèce de "ghee" qui contenait
beaucoup de sable et de gravier et que l’on donne d’habitude aux chameaux et aux
ânes. Il
nous le donna uniquement pour nous éprouver. Ainsi avec les "chappatis" et le
"ghee" plein de gravier, nous fûmes obligés de parcourir encore dix milles. Bien
que tout fût plein de sable, nous jouîmes de chaque bouchée, car nous étions
affamés.
Nous arrivâmes à un autre village et priâmes: "Seigneur, s’il devait y avoir ici
un chrétien, veuille nous conduire auprès de lui." Un petit garçon du village
offrit de nous conduire à la maison d’un chrétien. Nous rencontrâmes ce dernier
et il nous donna à manger. Nous lui dîmes que Dieu nous avait envoyés ici pour
annoncer l’Evangile.
Il nous accompagna et nous eûmes une réunion devant un temple hindou, bien que
nous ayons parcouru plus de trente milles. Nous avions un lourd fardeau sur nos
coeurs, et après une prière, nous transmîmes le message de Dieu. Nous ne savons
pas combien nous avons vendu de Bibles ce jour-là, mais les gens venaient en
grand nombre pour en acheter. Rappelez-vous que tous ces plans nous furent
donnés par la prière, jour après jour. De là, nous fûmes envoyés par la prière
dans un autre village appelé Joishai. C’était un petit village habité par des
gens qui travaillent la pierre. En une seule nuit, un nombre important de
personnes trouvèrent le Seigneur, à mesure que le Seigneur les attirait à Lui.
Dieu ouvrit la porte dans beaucoup de parties du Sind. Nous visitâmes l’une
après l’autre les provinces du Sind, qui sont les plus dépourvues de travail
missionnaire aux Indes. Pendant 70 ans aucun travail missionnaire n’y avait été
fait et seuls 20 sindhis étaient devenus des chrétiens, quelques-uns d’entre eux
étaient retournés à leur religion d’origine. Ce fut dans ces provinces
déshéritées que le Seigneur me conduisit de ses mains intelligentes, et nous
passâmes d’innombrables heures à parcourir les rues de Karachi, de Haïderabad
(Sind) et d’autres villes. Je savais que le Seigneur me préparait et
m’instruisait au milieu de toutes ces privations. Ces expériences devinrent ma
joie par la suite.
Nous arrivâmes à Chikarpal. Un matin de bonne heure, j’entendis une voix qui me
disait d’envoyer quelqu’un dans un lieu voisin appelé Jak Babar, une petite
ville sur la route de Quetta, vers le Nord de l’Inde. Le Seigneur me dit
d’envoyer dans ce lieu quelqu’un avec une Bible en ourdou. J’appelai mes amis et
leur dis de se rendre au village; je les munis de Bibles en ourdou. Ils me
dirent que c’était un village sindhi et que sans doute personne n’y connaissait
l’ourdou. Je leur répondis que je ne le savais pas, moi non plus, mais que
c’était le désir du Seigneur. Ce matin donc ils partirent pour le village et
prirent un très petit paquet de livres. Ils le déposèrent quelque part et se
mirent à parcourir le marché pour vendre des Evangiles. A peine eurent-ils fait
quelques mètres qu’ils rencontrèrent un jeune homme nommé Mohammed Hussain qui
leur demanda une Bible en ourdou. Ils lui dirent qu’ils en avaient une quelque
part dans une boîte et qu’ils la lui apporteraient, s’il voulait bien attendre.
Il s’enquit du prix, la paya et les invita à l’hôtel, où il leur fit servir des
gâteaux et du thé en témoignage de reconnaissance. Plus tard, le même homme vint
à moi et me déclara être un marchand de tapis qui avait visité le Sind pour des
raisons d’affaires. Il désirait une Bible en ourdou depuis des années et était
très heureux d’en avoir trouvé une. Il vint à moi pour me remercier, séjourna
deux jours avec nous, trouva le Seigneur Jésus-Christ et fut baptisé à Allahabad
quelque temps après. Dieu dirige par sa main habile! Ne pensez pas que Dieu vous
laissera seul, Il vous guidera jour après jour. Nous en avons fait l’expérience
de tant de manières différentes.
4
Le tremblement de terre de Quetta
En avril 1935, je me rendis à Quetta.
J’avais reçu de nombreuses invitations de cette ville et de personnes d’autres
parties de l’Inde, et j’avais décidé de ne pas y aller puisque j’y avais déjà
fait en 1934 une campagne de dix-neuf jours. Mais le Seigneur me demanda
clairement de m’y rendre; j’obéis donc à Sa voix et m’y rendis. Je commençai la
campagne le 4 mai. Le tremblement de terre se produisit le 31 mai à trois heures
du matin. 58.000 personnes furent tuées en quelques secondes. Nous avions eu une
très grande réunion au cours de la nuit du tremblement de terre et j’avais
insisté vivement auprès des âmes en leur disant que Dieu voulait leur salut;
j’invitai celles qui désiraient se convertir et être sauvées à rester après la
prière. 58 d’entre elles prièrent cette nuit-là, à tour de rôle, avec beaucoup
de conviction, se repentant et demandant à Dieu de leur pardonner. A minuit et
demi, je me trouvais dans ma tente, très fatigué, j’étais exténué et incapable
de dormir. Le Seigneur me demanda de prier pour ceux qui s’étaient retirés sans
avoir trouvé le salut. Je m’agenouillai donc à nouveau et recommençai à
prier:"Seigneur, ne veux-Tu pas les réveiller et les secouer. Secoue-les jusqu’à
ce qu'ils s’agenouillent. Réveille et secoue ceux qui sont encore dans leurs
péchés." A trois heures du matin environ, j’eus la certitude que Dieu avait
entendu ma prière et je trouvai la paix. Le tremblement de terre se produisit à
3 heures, comme si quelqu’un s’était engagé sous terre et avait secoué toute la
ville. Je ne pensai pas à un tremblement de terre, mais au fait que Dieu
répondait à ma prière en secouant les gens. A côté de moi, mon ami fut jeté hors
de son lit au moment même. Hommes et femmes criaient, hurlaient. Je restai à
genoux. Une demi-heure après, mon ami pénétra dans ma tente et me dit qu’il y
avait eu un tremblement de terre affreux. Les murs des maisons voisines
s’étaient fendus et tout s’était écroulé. Mais rien ne s’était produit dans ma
tente. Je dis à mon ami de se joindre à moi dans la prière et nous continuâmes
ensemble à prier jusqu’à 5 heures du matin, disant au Seigneur que nous ne
savions pas ce qui était arrivé mais que nous Lui demandions de sauver les âmes
qui désiraient être sauvées.
Nous sortîmes pour voir les dégâts. Tous les édifices s’étaient écroulés et la
boue, les pierres et les briques ne formaient plus que des monceaux. Quelle
tristesse de voir tous ces gens prostrés de douleur, certains avaient perdu un
bras ou une jambe. Tout cela s’était produit en moins de 18 secondes. 95% des
non chrétiens furent tués. 8% seulement des chrétiens. Je me renseignai
personnellement à ce sujet. Parmi les personnes qui avaient participé à nos
réunions, deux seulement furent tuées. Parmi les non chrétiens, beaucoup avaient
bras, jambe ou colonne vertébrale fracturés, mais parmi les gens qui vinrent à
nos réunions, il n’y eut pas une seule fracture. C’est ainsi que le Seigneur
veille sur ses enfants.
Nous fûmes obligés de rester là environ deux semaines, allant ici et là pour
distribuer des évangiles et secourir les sinistrés. Les rescapés de la
catastrophe durent vivre dans des silos à grains sordides sans nourriture et
sans vêtements, sans possibilité d’acheter quoi que ce soit. Ils durent utiliser
quelques vieilles couvertures pour couvrir les enfants. Certains en manquaient.
Je me mis à prier:"Seigneur, ne voudrais-Tu pas me donner au moins 4 ou 5
vieilles couvertures pour ces pauvres enfants." Le lendemain matin, je
rencontrai un homme appelé Monsieur Evans qui offrit de me procurer quelques
couvertures, si j’en avais besoin. Une personne de l’armée lui en avait envoyé
quelques-unes, et je pus en prendre à discrétion. J’emportai ainsi 72
couvertures toute neuves. Je n’en avais demandé que 4 ou 5, mais Dieu nous en
donna 72, et des couvertures en laine.
Un soir, j’aperçus une mère avec son enfant qui pleurait amèrement. Elle
m’expliqua que l’enfant voulait du lait, mais qu’il était trop tard pour en
avoir et qu’il n’y avait pas de boutique pour en acheter. Je priai:
Seigneur, cet enfant demande du lait, dis-moi où aller." Le Seigneur répondit:
"Va dans telle direction." Je m’engageai dans une certaine direction et
rencontrai une personne, le docteur Oliver, qui me demanda si je ne voulais pas
de lait, puisqu’il y en avait une bonne quantité à l’hôpital. J’avais demandé au
Seigneur une tasse de lait et il m’en donna 5 litres. Le lendemain matin, une
dame accourut en poussant de grands cris, en déclarant qu’elle était affamée,
qu’elle n’avait rien à manger et elle me demanda quelque nourriture. Je lui dis
que le Seigneur pouvait suppléer à son besoin, et je me mis à prier, je demandai
au Seigneur de la nourriture pour cette dame - pas pour moi-même. Le Seigneur
m’indiqua une certaine direction. Je suivis le conseil et trouvai une tente, où
je pus me servir librement de produits alimentaires. C’est ainsi que le Seigneur
suppléa aux besoins de cette dame.
Une autre dame accompagnée d’une petite fille m’ayant aperçu me demanda des
vêtements et des chaussures pour son enfant. J’adressai à Dieu des requêtes à ce
sujet. Dieu me dit de traverser la voie du chemin de fer qui passait en cet
endroit. J’obéis et fut abordé par une personne qui me remit un paquet en
disant: "J’ai reçu un paquet de vêtements d’enfants. N’en auriez-vous pas besoin
?" J’acceptai le paquet avec beaucoup de joie et le remis à la dame, qui
l’ouvrit et constata que les habits et les chaussures correspondaient à la
taille et à la pointure exactes de l’enfant. De cette façon, je remarquai à
nouveau combien Dieu s’occupait de nous.
(Backht Singh)