
Être citoyen du Monde : plaidoyer pour un style de vie simple et solidaire
« Opprimer le pauvre, c’est outrager son Créateur, mais avoir de la compassion pour les indigents, c’est l’honorer »
Proverbes 14 v.31 – La Bible du Semeur 1992.
Au temps de l’Ancien Testament
A l’époque des petits prophètes (Amos, Michée), la situation politique du Moyen Orient était très ressemblante à celle de notre monde actuel. Des superpuissances contrôlaient des États plus pauvres. Le matérialisme et la corruption avaient augmenté en Israël (royaume du Nord) et en Juda (royaume du Sud), laissant les pauvres sans voix, sans pouvoir et sans terre. Les femmes et les enfants étaient expulsés de leur maison, le commerce était injuste, le système judiciaire était corrompu et les riches donnaient des pots de vin. Cela vous rappelle t’il quelque chose ?
Au temps de la mondialisation
En quoi la Bible nous remet elle en question quant à notre responsabilité citoyenne ? N’indique t’elle pas clairement ce que Dieu veut des hommes d’hier et d’aujourd’hui ? Il nous appelle à vivre selon nos besoins et non selon notre cupidité. Cela devrait susciter des changements dans notre style de vie. Le Dieu de la Bible est un Dieu d’amour qui hait l’injustice et l’hypocrisie. Qu’a-t-il à nous dire sur la nécessité de traduire notre foi en action ? Est-ce trop tard ou trop coûteux pour que nous changions ? Que pourrions nous faire différemment ?
L’appel au Droit et à la Justice
Pour Dieu, les humains sont les « gérants » de Ses ressources. Ils sont responsables envers Lui-même, envers la terre à développer et envers leurs prochains avec lesquels ils doivent partager les richesses de manière équitable. Ces vérités sont fondamentales. L’accomplissement authentique de l’humanité dépend d’une juste relation avec Dieu, avec le prochain et avec la terre et toutes ses ressources. Par une gestion inique, nous échouons à conserver les ressources limitées de la terre, à les développer pleinement ou à les distribuer justement. Nous désobéissons au projet créateur. En même temps, nous spolions les gens de ce que Dieu avait prévu pour eux.
Or, s’il est vrai que nous attendons avec impatience le « rétablissement de toutes choses » lors du retour du Christ – parce que notre pleine humanité y sera restaurée – notre tâche est de promouvoir la dignité humaine dès aujourd’hui.
Dans le secret de l’isoloir et bulletin de vote en main, cette conception chrétienne de la Justice devrait toujours résonner en nous.
L’Appel à la Miséricorde en action
Le maintien de la pauvreté est une offense à la bonté de Dieu. La Bible la relie à un état de faiblesse, car les pauvres ne peuvent pas se protéger eux-mêmes. Dieu invite les dirigeants à user de leur pouvoir pour défendre les pauvres et non les exploiter.
L’Église doit se tenir auprès des pauvres contre l’injustice, souffrir avec eux, et appeler les dirigeants à remplir le rôle que Dieu leur a fixé.
Soyons interpellés par les paroles de Jésus : « Gardez vous de la cupidité » ou encore « La vie d’une personne ne dépend pas de l’abondance de ses possessions ».
Écoutons ses avertissements car la richesse entraîne bien souvent soucis, vanité, fausse sécurité, oppression du pauvre et indifférence aux souffrances de celui qui est dans le besoin.
Le Christ appelle ses partisans à une grande liberté intérieure par rapport au pouvoir de séduction des richesses. Et agissons comme Lui avec miséricorde. Apprenons à connaître les pauvres et les opprimés. Apprenons d’eux les réalités dégradantes de l’injustice. Cherchons à soulager leur souffrance de manière durable (merci l’abbé Pierre !) et souvenons nous d’eux régulièrement dans nos prières.
L’Appel à un style de vie simple, humble, respectueux de la nature
Dans sa générosité, le Dieu Créateur nous a tout donné pour que nous en jouissions. Recevons cela avec humilité, joie et reconnaissance. La création se caractérise par une grande abondance et une grande diversité mais elle est aussi vulnérable. L’équilibre de l’éco système est soumis aux perturbations que nous lui imposons. Or, Dieu désire que ces ressources soient gérées de telle manière que tous en bénéficient tout en respectant la nature.
Par conséquent, renonçons à la destruction de l’environnement, dénonçons le gaspillage et l’accumulation des richesses. Adoptons un style de vie conforme aux valeurs de l’Évangile : simplicité et humilité. Deux valeurs sur lesquelles fonder une humanité nouvelle.
L’Appel au partage
L’Église à ses débuts se caractérisait par une qualité de communion totalement inédite. Les croyants s’aimaient à un tel point qu’ils partageaient leurs possessions. La propriété privée était subordonnée aux besoins de la communauté naissante : Nul ne disait que ses biens lui appartenaient en propre – Actes 4 v.32. Ces chrétiens étaient libres de la revendication des droits de propriété. Le résultat de ces relations économiques transformées était : Qu’il n’y avait parmi eux aucun indigent – Actes 4 v.34.
Ce principe de partage généreux et sacrificiel consiste à nous placer nous-mêmes et nos biens à la disposition de ceux qui sont dans le besoin. C’est là une caractéristique essentielle d’un christianisme véritable. Si nous vivons dans l’aisance, soyons donc enclins à faire davantage pour soulager les besoins des moins privilégiés.
Les églises et toutes les institutions caritatives devraient elles aussi être profondément conscientes de la nécessité d’un style de vie intègre, gérant leurs dépenses de manière exemplaire, avec rigueur, équité et solidarité.
Sel et lumière du monde, telle est notre vocation. Lorsque l’Église est franchement distincte du monde par ses valeurs et son style de vie, elle confronte le monde à un choix différent et attractif : elle témoigne du Christ.
(Extrait du Sel Projets Mars 2007 - Yves Gabel Président)