Un jour, un chef d’état accordait la libération à un prisonnier condamné à mort. Cela fit la une des médias. L’homme libéré inopinément en fut reconnaissant toute sa vie. Un don immérité lui tombait littéralement du ciel. Enfin, il pouvait recommencer une vie nouvelle et n’avait plus envie de retourner dans son ancienne situation de vie débauchée. Cette décision inattendue l’avait complètement transformé, l’amenant désormais à être un membre utile pour sa famille et son entourage. Il parlait de son expérience merveilleuse à qui voulait l’entendre. Un proverbe ne dit-il pas que “de l’abondance du cœur, la bouche parle” ! Enfin, il avait trouvé un sens à sa vie et pouvait en apprécier chaque instant. Ce fut non la prison mais une amnistie inespérée qui conduisit cet homme dépravé à sa transformation complète.


Cette même histoire s’est passée il y a deux mille ans. Non seulement un prisonnier mais toute l’humanité a été graciée par un acte d’amour inconditionnel. Ce ne fut pas un chef d’état mais le Fils de Dieu, celui qui a déjà été annoncé plusieurs siècles avant par le prophète Esaïe (Es.53) qui accepta de vivre la condition humaine, toutes les souffrances de ce monde ici-bas. Ce messie à venir de l’Ancien Testament a depuis accompli sa mission de libérer l’homme de l’esclavage du mal. Il a pris sur lui tous les châtiments que l’humanité aurait mérités à cause de ses péchés. Ce Fils de Dieu devenu fils de l’homme par amour pour ses créatures vouées à la perdition éternelle, s’est dépouillé de tout, même de sa vie afin de pouvoir sauver l’homme. Il a accepté la mort la plus atroce, celle de la croix pour payer notre dette. Son existence et sa mort sont attestées par les historiens de l’époque en particulier par Flavius Josèphe. Mais la mort (étant le salaire du péché selon les Ecritures) ne pouvait le retenir dans la tombe, lui qui était parfaitement innocent. Par sa mort et sa résurrection trois jours après comme il l’avait annoncé à ses disciples, il a sauvé non seulement un prisonnier mais toute l’humanité. Cette bonne nouvelle a bouleversé la vie de ses disciples qui l’ont suivi durant son ministère terrestre et propagé son Evangile dans le monde entier. Comme l’exprimait si bien saint Jean, l’apôtre de l’amour, “Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle” (Jean 3.16). Nous sommes donc sauvés par la grâce d’un Dieu aimant. Notre dette a déjà été payée par le créateur devenu homme sur cette terre dominée par le mal.


Quelle devrait être alors l’attitude de l’humanité en apprenant cette bonne nouvelle ? Comment cet évangile est-il vécu dans la vie des hommes ayant entendu cette histoire inouïe d’un Dieu d’amour ? Est-ce si facile de croire à cet amour inconditionnel ? Peut-être quelqu’un mourrait-il pour un homme de bien mais qui serait prêt à se sacrifier pour des gens de mauvaise vie ? Certainement personne ! Cet amour insensé nous dépasse et nous empêche souvent de saisir ce don immérité. Nous vivons alors une religion selon la lettre c’est-à-dire intellectuellement. Nous avons bien compris les faits historico religieux et en sommes même convaincus mais l’Esprit de Dieu n’a pas réussi à nous transformer complètement. Nous avons peut-être gardé une certaine réserve, une petite incertitude (le péché originel n’a-t-il pas commencé au moment où le malin a semé le doute dans le cœur des premiers parents ?). Alors, pour ne pas s’approcher de Dieu comme des petits enfants demandant avec confiance pardon à leur père terrestre, nous essayons de travailler durement pour gagner ce salut, la vie éternelle promise. Nous écoutons la bonne nouvelle de la libération mais nous continuons à nous comporter comme des prisonniers cherchant à mériter leur libération. Il est vrai que Satan fait tout son possible pour nous obnubiler et nous suggérer que nous ne valons rien. Ainsi, nous oublions notre Sauveur dont il faut s’approcher chaque fois que nous chutons afin qu’il nous relève comme il l’a promis dans sa parole (Hébreux 4.16).


Revenons à notre prisonnier condamné à mort et gracié. Il a dû certainement faire un bond en lisant le décret de sa libération ! Assurément, il a bien entendu les paroles du directeur de la prison lui disant de se préparer pour la sortie et n’a pas préféré rester dans ce lieu le privant, comme un esclave, de toute dignité humaine. Quant à nous qui voulons suivre le Christ, avons-nous les mêmes réactions que cet homme apprenant sa libération ? Apparemment, non puisque le dernier livre de la Bible nous exhorte dans les termes suivants : “Heureux celui qui lit” (Apocalypse 1.3) et “Que celui qui a des oreilles, entende” (Apocalypse 2.7). Nous lisons mais Satan nous empêche de comprendre parce que nous ne nous sommes pas mis à genoux pour implorer l’action du Saint Esprit, celui même qui a inspiré les auteurs bibliques et qui doit être le seul à nous éclairer dans la compréhension. Nous entendons de belles prédications mais qui n’arrivent pas forcément à toucher nos cœurs et à transformer nos vies car ces messages ne sont pas toujours vivifiés par l’Esprit de Dieu et exprimés par des lèvres purifiées. Oui, j’ose l’affirmer, la tâche du prédicateur est redoutable. S’il ne porte pas dans sa vie de tous les jours les fruits de l’Esprit de Dieu tels que l’amour, la joie, la patience et la paix (Galates 5.22), alors ce message de libération ne pourra que rarement porter des fruits dans le cœur des auditeurs. La meilleure version de la Parole de Dieu sera toujours celle traduite par le prédicateur dans sa vie de tous les jours. L’apôtre Paul n’avait-il pas dit à ses disciples : “Vous êtes manifestement une lettre de Christ écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs” (2 Corinthiens 3.3) ? Ainsi, ce sera toujours le témoignage personnel vécu du prédicateur qui sera lu par le public puisqu’il est, à la manière des apôtres, “en spectacle au monde” (1 Corinthiens 4.9). S’il n’a pas lui-même expérimenté la nouvelle naissance (selon l’évangile de Jean) alors, l’assemblée aura du mal à vivre cette expérience spirituelle (voir le comportement du peuple d’Israël à l’époque des bons et des mauvais rois) et même en mettant l’accent sur la grâce avec beaucoup de conviction intellectuelle et d’éloquence, il ne réussira pas toujours à toucher les cœurs. Bref, le message de la grâce risque d’être étouffé à cause du comportement de celui qui le proclame. Ayant bien observé les scribes et les pharisiens de son époque, le Christ met en garde les croyants contre ce piège : “Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent mais n’agissez pas selon leurs œuvres (Matthieu 23.3).


La conséquence naturelle du bénéfice de la grâce chez les chrétiens devrait être la même que pour le prisonnier gracié. Le fait de savoir qu’une vie nouvelle avec un idéal élevé peut commencer et que les choses anciennes sont effacées et pardonnées par un Sauveur aimant, devrait nous inciter à lui être agréables par des actes de reconnaissance et non plus méritoires. Complètement transformés, nos visages devraient être enfin rayonnants amenant les gens de notre entourage à se poser des questions sur notre métamorphose inexplicable. Ayant reçu la vraie vie en abondance, nous ne saurions nous taire comme les premiers disciples. Répandre cette bonne nouvelle de la grâce en toute occasion autour de nous sera notre objectif suprême après s’être fait des amis non dans le but de les amener à une dénomination religieuse quelconque mais surtout au pied de la croix du rédempteur Jésus-Christ. C’est uniquement en regardant à lui que nous serons capables de surmonter les adversités de notre vie terrestre et d’accepter les souffrances provisoires ici-bas. Selon la promesse de l’Évangile, nous avons la ferme assurance que notre véritable pays est la patrie céleste où nous vivrons en présence de notre Sauveur bien-aimé dans la paix, l’amour, la justice et la joie éternelle, entourés de tous les graciés.